L’or suscite un intérêt croissant auprès des épargnants français. Philippe Béchade, rédacteur en chef de La Chronique Agora, analyse depuis longtemps les mouvements des métaux précieux. Son constat pour 2026 est clair : le métal jaune reste une valeur refuge face aux déséquilibres monétaires. Voici pourquoi son analyse mérite l’attention.
L’or, valeur refuge face à un système monétaire fragilisé
Le dollar est accepté par la quasi-totalité des acteurs mondiaux. Il sert à la fois pour le commerce et comme réserve de valeur. Les bons du Trésor américains sont considérés comme une valeur sûre depuis des décennies. Pourtant, ce système montre des signes d’usure.
Les pays des BRICS cherchent à commercer entre eux sans passer par la monnaie américaine. La Chine propose le yuan. La Russie pousse pour un remplacement plus solide du dollar. L’or apparaît comme une alternative crédible aux yeux de plusieurs États.
Le manque d’or face à la masse monétaire mondiale
Philippe Béchade soulève un problème de taille : la quantité d’or disponible ne couvre pas la masse monétaire mondiale. Depuis la fin des accords de Bretton Woods en 1971, les monnaies ne sont plus adossées à l’or. Selon lui, il faudrait un prix de l’once multiplié par douze pour rétablir un équilibre.
Cette analyse rappelle que le métal jaune conserve une valeur intrinsèque. Les monnaies fiduciaires, elles, dépendent de la confiance des marchés. Quand la dette publique explose, cette confiance s’érode.
Le général de Gaulle avait compris ce mécanisme. En 1965, il avait exigé la conversion des dollars français en or. Les Britanniques avaient suivi. Les stocks de la FED s’étaient réduits, poussant Richard Nixon à casser le système en 1971. Le prix de l’or est devenu libre.
Le scénario d’un étalon or nouvelle génération
Philippe Béchade envisage une réindexation des monnaies sur l’or. Pas seulement le dollar, mais toutes les devises. Un pays mal géré verrait sa monnaie dévaluée automatiquement. Une discipline monétaire plus stricte s’installerait.
Ce scénario parait lointain, mais il gagne du terrain dans les discussions géopolitiques. Les banques centrales des pays émergents multiplient les achats d’or physique. Elles veulent se protéger contre les sanctions occidentales et les fluctuations du dollar.
Les banques centrales, acheteuses massives d’or physique
Qui achète le plus de tonnes d’or ? Les banques centrales. Cette tendance influence mécaniquement le cours du métal précieux. Philippe Béchade le rappelle : les achats institutionnels soutiennent le prix de l’once.
La Chine et la Russie figurent parmi les plus gros producteurs d’or, mais leurs stocks officiels semblent sous-évalués. Le classement mondial place les États-Unis, l’Allemagne, l’Italie et la France en tête. Les cinquième et sixième positions sont occupées par la Russie et la Chine.
Les achats secrets de Pékin et Moscou
La Chine ne révèle pas la réalité de ses réserves. Une annonce de stocks faramineux ferait exploser le prix de l’or, explique Philippe Béchade. Cela empêcherait d’autres pays membres des BRICS de constituer leurs propres réserves à bon compte.
La Russie, sous Vladimir Poutine, a reconstitué ses stocks d’or année après année. Quand l’Occident a gelé les avoirs russes après l’attaque de l’Ukraine, Moscou s’est tourné vers la Chine, l’Inde et les autres membres des BRICS. L’or non traçable a permis de maintenir des échanges commerciaux.
La Turquie et la Pologne, deux acheteurs actifs
La Turquie défend sa livre avec des achats réguliers d’or depuis la première présidence de Donald Trump. La banque centrale d’Ankara reste très active sur le marché.
La Pologne surprend par son appétit pour le métal jaune. La proximité avec la Russie explique cette fièvre acheteuse. Varsovie veut garantir son autonomie monétaire en cas de crise régionale.
| Pays | Position dans le classement | Raison des achats |
|---|---|---|
| États-Unis | 1er | Réserve stratégique historique |
| Allemagne | 2e | Confiance nationale |
| Italie | 3e | Héritage monétaire |
| France | 4e | Sécurité financière |
| Russie | 5e | Autonomie face aux sanctions |
| Chine | 6e | Dédollarisation |
Quelle stratégie d’investissement pour le métal jaune ?
Les particuliers suivent la même logique que les banques centrales. protéger son patrimoine contre l’inflation et l’instabilité géopolitique devient une priorité. Les pièces et les lingots conservent une valeur tangible quand les monnaies perdent du terrain.
La prudence reste de mise. L’or n’est pas une valeur sans risque. Son cours varie selon les tensions internationales, les taux d’intérêt et les décisions des grandes banques. Un investissement dans l’or doit s’inscrire dans une stratégie d’investissement globale, à hauteur de 5 à 10 % d’un portefeuille bien réparti.
Les indicateurs à surveiller en 2026
Le prix de l’once atteint des niveaux record. La demande des banques centrales reste forte. La Chine et la Russie continuent de diversifier leurs réserves. Ces signaux confortent l’analyse de Philippe Béchade sur le potentiel du métal jaune.
- Les achats d’or des banques centrales comme baromètre principal
- L’évolution des taux d’intérêt réels, qui jouent sur l’attractivité de l’or
- Les tensions géopolitiques et les tentatives de dédollarisation
- La comparaison avec l’action des Bourses et les autres actifs refuges
Pour l’épargnant français, la question n’est pas de savoir si l’or va monter ou descendre. Elle est de savoir si la sécurité financière du patrimoine peut se passer d’une part de métal précieux. Philippe Béchade répond par la négative. Les événements récents lui donnent raison.
L’or n’est pas un pari. C’est une assurance contre l’instabilité. Les banques centrales en donnent la preuve chaque trimestre, en achetant des tonnes de métal physique. Suivre leur exemple, avec mesure et méthode, reste une stratégie d’investissement pertinente pour 2026.

Rédacteur en chef de Visions Patrimoine, ancien analyste financier passé par la presse patrimoniale française. Passionné par les questions d’épargne, d’immobilier et de fiscalité, il défend un journalisme économique lent, rigoureux et accessible.